Jean DUNAND, Maître dinandier et artiste, présenté aux enchères chez Accord Enchères Compiègne Venette le 29 mars 2025

Un article publié dans la Gazette de l'Hôtel Drouot n°10 du 14 mars 2025 dans la rubrique "Art et Enchères | Coup de coeur" (p. 26 et 27) et rédigé par Sophie REYSSAT

Entre savoir-faire et innovation esthétique, il a renouvelé l'art ancestral du métal pour créer des oeuvres modernes. En témoigne cette pièce unique de 1914 présentée chez Accord Enchères Compiègne Venette le samedi 29 mars 2025 à partir de 14h

Conservé par descendance au sein de la même famille, ce vase de Jean Dunand témoigne du renouveau impulsé par ce créateur inventif dans le domaine de la dinanderie, quelque peu délaissé après le Moyen-Âge, et que les artisans du tournant du XXe siècle se sont réappropriée.
S'il semble qu'elle tire son nom de la ville de Dinant, en Belgique, c'est en Suisse que Jules John Dunand - natif de Lancy, près de Genève - a appris cette technique. En parallèle de ses études de sculpture à l'Ecole des arts industriels de la cité lémanique, il se forme en effet à la dinanderie auprès d'Auguste Dannhauer (1866-1928), l'un des derniers maîtres chaudronniers genevois, fabriquant des objets usuels en martelant le métal selon le savoir-faire de ses aïeux. Un marteau et un tas (une petite enclume) suffisent à façonner avec art les métaux pauvres que sont le cuivre, le laiton (un alliage de cuivre et de zinc), l'étain et le plomb. Ils sont aplanis en feuilles, ensuite mises en forme et assemblées par soudure et rivetage. La découverte de cet artisanat a été décisive pour Dunand : bien que poursuivant sa formation en sculpture dans l'atelier de Jean Dampt, à Paris, grâce à une bourse d'études, il l'abandonne en 1905 pour se consacrer aux arts appliqués.

Sur tous les fronts
Ses premières pièces de dinanderie (qu'il présente régulièrement dans divers salons et expositions) connaissent rapidement le succès. Ce travailleur acharné concentre ses recherches sur les patines et les incrustations, appliquées à toutes sortes de métaux. Sa virtuosité s'accompagne de prouesses, avec le façonnage de vases monumentaux dépassant un mètre de haut, une "taille à désespérer la batture", comme le soulignera un journaliste en 1910. Ses expérimentations aboutissent ainsi aux oeuvres raffinées précédant la Première Guerre mondiale, dont les lignes sobres se parent d'un décor naturalisye élégamment stylisé. D'aucuns les considèrent comme ses plus belles pièces de dinanderie. Avec ses plumes stylisées en argent, incrusté dans la panse de cuivre martelé, patiné de brun pour assurer à ce décor un contraste éclatant, ce vase constitue un bel exemple. Fabriqué en 1914, il a été présenté au Salon de la Société nationale des Beaux-arts, qui s'est tenu au Grand Palais la même année, aux côtés de coupes, de plateaux, de boîtes et d'autres vases illustrant le large éventail de son savoir-faire : chaque objet joue avec les oxydations de divers métaux incrustés d'argent, fait la démonstration du travail du cuivre au repoussé, ou présente des émaux champlevés sur bronze.
A l'occasion de cette manifestation, l'Etat a acquis un plat en nicket oxydé et argenté, travaillé au repoussé et orné d'une rosace d'ocelles de plumes de paon. Destiné au musée du Luxembourg, il est aujourd'hui présenté à celui d'Orsay. Dunand ne manque alors aucune occasion de faire connaître son travail, exposant aux salons officiels comme en galeries et chez des mécènes, mais aussi au Bon Marché, au Théâtre des Champs-Elysées, au château de Bagatelle, et même sur le paquebot France de 1912. Non content d'être omniprésent à Paris, il participe également aux manifestations artistiques étrangères, de Sao Paulo à Munich, en passant par Gand et Zürich. Afin d'être présent sur tous ces fronts, il lui arrive de fabriquer plusisurs exemplaires de ses modèles à succès, que l'on retrouve aujourd'hui aussi bien en collections publiques qu'en mains privées.
Le vase annoncé à Compiègne / Venette est quant à lui présenté comme une pièce unique.

Légende
Jean DUNAND (1877-1942)
Vase en obus sur talon et col circulaires en dinanderie de cuivre, au décor tournant de plumes juxtaposées patiné brun nuancé et incrusté d'argent.
Signé et daté "Jean Dunand 1914" sous la base et présenté sur un socle en marbre noir
Hauteur du vase : 52 cm - Hauteur totale : 56 cm
Estimation : entre 40.000 et 60.000 €